Two players wearing a red shirt with Canada written on, seen from their back

Photo : Martin Sidorjak/Tennis Canada

Le rideau est tombé sur la saison 2021 du tennis canadien.

Et ce ne fut pas jojo, comme conclusion.

Privées chaque fois de ses deux meilleurs éléments, les équipes féminine et masculine n’ont pas atteint les tours éliminatoires des Coupes Billie Jean King et Davis et ont dû faire leurs valises plus tôt qu’espéré.

La dernière des deux, la Coupe Davis, a vu notre formation plier bagage après six défaites en six matchs. En voici le bilan.

Bien sûr, le Canada ne pouvait placer la barre bien haute puisqu’il ne pouvait compter sur ses trois joueurs les mieux classés. Ironie du sort, les finalistes de la première édition de cette Coupe Davis nouveau genre ont été accompagnés dans l’élimination par l’équipe championne en titre (et hôte, qui plus est). Car les Espagnols, privés des Nadal, Bautista Agut (blessés) et Alcaraz (COVID-19) n’ont pas participé cette année.

En attendant de connaître les nouveaux champions de la plus vieille compétition internationale par équipe, tous sports confondus, c’est l’avenir même du tournoi qui fait jaser dans le monde du tennis.

The Davis Cup trophy
Photo : Martin Sidorjak/Tennis Canada

Déjà, les puristes pleurent depuis deux ans la disparition du format original qui consistait en quatre rendez-vous annuels, sous la forme d’un tournoi entre pays, jusqu’à une finale disputée sur la terre d’un des deux finalistes. La présence d’une foule partisane donnait un cachet particulier au week-end final, et les joueurs adoraient ça.

Mais, on le sait, ces quatre rendez-vous étaient de moins en moins populaires auprès des vedettes du circuit, dont l’horaire était déjà surchargé.

C’est là que la Fédération internationale de tennis (ITF) a conclu une entente pour laisser au groupe Kosmos, propriété de l’ex-vedette de soccer Gerard Piqué, le soin d’organiser la « nouvelle Coupe Davis ». Après les deux premières éditions, dont les finales ont été tenues à Madrid, voilà que Kosmos aurait l’intention de déménager le tournoi à Abu Dhabi, dans les Émirats arabes unis.

Pour cinq ans.

Une proposition qui n’a pas eu l’heur de plaire à un bon nombre de joueurs ou d’anciens joueurs devenus capitaines de leur équipe nationale.

Dont Lleyton Hewitt.

Le champion 2002 de Wimbledon et deux fois titré à la Coupe Davis s’est exprimé après la défaite de son équipe face à la Croatie en match d’ouverture, à Turin.

« Alors, s’ils s’apprêtent à vendre l’âme de la Coupe Davis au Moyen-Orient pour cinq autres années, ils vont vraiment tuer le tournoi », a dit Hewitt dans un commentaire rapporté par la BBC. « Quelques-uns de mes plus beaux souvenirs ont été des demi-finales et des finales de la Coupe Davis, devant des salles combles. Et ça n’avait pas d’importance si c’était à domicile ou à l’étranger. L’atmosphère était incroyable. La Coupe Davis était tenue en très haute estime et se situait au sommet des priorités du tennis masculin. »

Ouf… Pour un témoignage émotif, c’en est tout un !

Oui, après 121 ans, la plus ancienne et la plus prestigieuse des compétitions de tennis arrive probablement à la croisée des chemins.

Davis Cup Canadian team in front of the Canadian flag held by ball kids
Photo : Martin Sidorjak/Tennis Canada

Le groupe Kosmos, qui a perdu des dizaines de millions de dollars dans la première édition de ce nouveau format, voudra probablement se renflouer en signant ce qui devrait être un juteux contrat avec le richissime pays du golfe Persique et dont les voisins qataris s’apprêtent à présenter un autre fleuron du sport planétaire, la Coupe du monde de soccer 2022.

Par ailleurs, plusieurs joueurs ont déjà déclaré à mots couverts qu’ils n’allaient pas voyager dans cette région du globe, aussi tard en saison.

Non, ce n’est vraiment pas facile de conjuguer tradition et modernité, passion et finances, éloignements géographiques et besoins familiaux et sociaux.

Djokovic s’éloigne de Melbourne

Après une décevante fin de saison, selon les standards très élevés d’un numéro un mondial, il semble de plus en plus probable que Novak Djokovic rate le premier Grand Chelem de la saison 2022, à Melbourne.

C’est du moins ce que croit le père de la superstar, Srdjan Djokovic, qui en a fait la déclaration au diffuseur serbe Prva-TV.

Près de 20 mois après le début de la pandémie, le Djoker refuse toujours de dire s’il est vacciné ou s’il a l’intention de l’être.

Il commence d’ailleurs à être de plus en plus isolé. Il y a six mois, seulement 50 pour cent des athlètes, hommes et femmes, étaient vaccinés, faisant du tennis le sport le plus à la traîne dans le monde. Mais les choses s’améliorent et ce serait maintenant 85 pour cent qui ont reçu le vaccin. C’est du moins ce que déclarait le 27 novembre Craig Tiley, le grand patron de Tennis Australia.

La direction des Internationaux d’Australie a déjà statué sur l’obligation d’être vacciné pour tout athlète désirant entrer dans l’état de Victoria et se produire à Melbourne entre les 17 et 30 janvier prochains. Seuls de rares cas pourront obtenir une exemption.

« Bien sûr qu’il voudrait de tout cœur y aller », de dire le père de Djokovic. « Parce que c’est un athlète et qu’il y a beaucoup de nos compatriotes, la diaspora serbe, qui serait ravie de voir Novak. Mais il ne sait pas vraiment ce qui va se produire. Il ne jouera probablement pas sous ces conditions, avec ce chantage et la façon dont se font les choses. »

L’utilisation du terme « chantage » peut faire sourciller, ici. Mais le père Djokovic était loin d’avoir terminé. Il a interpellé Craig Tiley quant à sa conception de ce qu’est un « vaccin reconnu » et la raison pour laquelle il ne reconnaissait pas les vaccins russes ou chinois. Si vous lisez l’entièreté de ses propos, retranscrits ici sur le site serbe b92, vous constaterez qu’avec la conception sanitaire du clan Djokovic, il serait surprenant de le voir jouer à Melbourne.

Réaction de l’ex-joueur Andy Roddick sur les ondes de Tennis Channel.

« Personne, à part Novak lui-même, ne sait ce qu’il fera et s’il accepte de jouer le jeu comme il doit être joué pour pouvoir participer au tournoi australien. S’il ne se présente pas, l’occasion sera là pour Medvedev et Zverev, sans oublier que Rafa s’amènera l’écume à la bouche afin de mettre la main sur ce 21e titre du Grand Chelem. »

Novak Djokovic to hit a backhand over the Melbourne sign at the Australian Open
Photo : Peter Staples/ATP Tour

Permettez-moi maintenant de revenir sur l’utilisation du mot « décevante », en début de texte, lorsque j’ai décrit la fin de saison de Djokovic.

Comprenons-nous, le plus jeune membre du légendaire « Big 3 » amorce sa 355e semaine au sommet du classement mondial. Depuis trois ans, il n’en a été éjecté que 13 petites semaines. Il est favori pour obtenir ce 21e titre majeur qui lui permettrait de briser cette triple égalité avec Roger Federer et Rafael Nadal.

Depuis sa défaite aux mains d’Alexander Zverev, en demi-finale des Jeux olympiques de Tokyo, début août, il affiche tout de même une respectable fiche de 14-4. Mais il faut rappeler ce qui lui a échappé coup sur coup. Ce revers à Tokyo le privait déjà de ce Grand Chelem doré. Ébranlé, certes, il était ensuite privé d’une médaille pour la Serbie, s’inclinant devant Pablo Carreno Busta dans le match pour le bronze.

Après une pause d’un mois, il s’attaquait au quatrième tournoi majeur de l’année, visant le fameux Grand Chelem calendaire. Il a échoué là aussi, fondant en larmes lors de la finale des Internationaux des États-Unis. Enfin, après avoir remporté le Masters de Paris, Djokovic se voyait privé du titre aux Finales de l’ATP, battu par le même Zverev, en demi-finale.

Novak Djokovic holds the ATP No. 1 trophy and wears a mask
Photo : Ella Ling/ATP Tour

Pour l’icône serbe, tous ces objectifs bafoués dans un intervalle de 10 semaines doivent avoir laissé des traces. Sans dire que la déception lui dicte de sauter la portion australienne, il est clair qu’il ne pense actuellement qu’à prendre des vacances et un peu de recul. Le moment n’est probablement pas bien choisi pour modifier ses fortes convictions sur la vaccination. Mais il faudra qu’il se fasse une raison, éventuellement.

Outre les Internationaux d’Australie, qui exigeront que chaque participant soit vacciné, il est fort probable que les tournois majeurs de Roland-Garros et de Wimbledon leur emboîtent le pas en 2022.

Et la multiplication possible des variants n’est certes pas pour leur faire changer d’avis. Les joueuses et les joueurs de tennis qui hésitent encore à se doter de la plus élémentaire et logique des protections ne pourront plus résister longtemps.

Ou alors, ils resteront à la maison et les tournois se dérouleront sans eux.

Superstars ou pas.

Le nouvel équilibre d’Eugenie

Vous ne l’avez pas vue en action depuis un bout de temps. Mais Eugenie Bouchard reste rarement loin des lentilles, peu importe si elle est blessée.

Même si elle n’a pas disputé de tournoi au cours des huit derniers mois en raison d’une blessure à l’épaule, elle est restée bien présente sur les réseaux sociaux et devant les caméras de télévision, celles du Tennis Channel, notamment.

Et c’est par le biais de ces deux « médias » qu’elle a participé à la promotion d’une ligne de son commanditaire New Balance qui a été lancée le 1er décembre.

Rappelons que la Canadienne n’a pas joué depuis sa défaite aux mains de la Chinoise Lin Zhu au premier tour du tournoi de Monterrey, au Mexique, le 16 mars dernier.

Après avoir tenté une première fois de soigner son épaule par des exercices, elle a dû se résigner à subir une arthroscopie en juin, suivie de la longue réadaptation habituelle. Dommage pour la Montréalaise puisque sa présence en finale lors de l’épreuve de Guadalajara lui avait permis de remonter au 116e échelon de la WTA. Elle a chuté au 249e rang.

Dans une vidéo promotionnelle intitulée « dans ses souliers » (in her shoes) et publiée sur le site de Tennis.com, Bouchard parle d’abord d’une journée typique d’entraînement, sur le court et au gym, sans oublier les massages régénérateurs. Par la suite, elle aborde son style de jeu — agressif, dit-elle —, habituée dès son jeune âge au rythme très rapide, ayant grandi sur des surfaces intérieures, au Canada.

Après avoir bien sûr qualifié les espadrilles New Balance de « meilleures sur le marché », Bouchard déclare être très fière d’avoir participé au processus de design, tant pour ce qu’elle porte sur un terrain que dans la vie de tous les jours.

Toujours en phase de réadaptation, Eugenie se dit impatiente de retourner sur le terrain et plus motivée que jamais.

Vous pouvez la voir ici.

On ne sait combien de temps Eugenie Bouchard poursuivra sa carrière de tennis. Mais personne ne peut être inquiet pour la suite des choses, car, justement, personne ne sera surpris de la voir aboutir sur un plateau de télévision pour livrer des commentaires et analyses sur son sport. Tout comme il ne serait pas surprenant de la voir devenir animatrice tellement elle maîtrise l’art de paraître et de s’exprimer devant une caméra.

Les amateurs de sports de Montréal ont déjà applaudi un autre athlète possédant les mêmes dons, hors de l’aréna. Un personnage dynamique qui devrait suivre le même chemin qu’Eugenie une fois sa carrière terminée, le hockeyeur P. K. Subban.

Courriel : privard@tenniscanada.com

Twitter : @paul6rivard

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